CEUX QUI
Ceux qui avaient cru que tout se ferait de soi-même.
Ceux qui avaient dans leur vie autant de vertu et de dureté que de disparitions.
Ceux qui avaient l’absence autour des yeux.
Ceux qui avaient pour éternité un en-deçà de la vie fugitif et divin.
Ceux qui brisaient leurs ponts d’acier sur les vallées de leurs amours.
Ceux qui connaissaient assez les mots pour distinguer pudeur de pruderie et cruauté de crudité.
Ceux qui croyaient que leur maison doublait le temps.
Ceux qui, dans les grands tremblements historiques, n’entretenaient que le chemin de leur cimetière afin de permettre à leurs aïeux de revenir jusqu’au village.
Ceux qui étaient moins acteurs que fabriquants de l’histoire, infortunés et discrets, vite oubliés, victimes.
Ceux qui faisaient rougir le temps de tant de regrets.
Ceux qui garantissaient l’art de la contemplation.